Révolution Imprimer Envoyer
Écrit par Noël NEL   
Dimanche, 28 Juin 2009 10:49
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Révolution
Révolution et considérations stratégiques
Révolution et guerre civile
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L'approche proposée dans cette mise au point  essaie de répondre à la question « pourquoi se révolte-t-on ? » en examinant les précédents fournis par l'histoire mondiale et analysés par des auteurs différents.

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Divers arguments ou motivations individuelles ont été avancés au fil du temps comme réponse à la question posée précédemment : on se révolterait pour rechercher des récompenses privées, pour lutter politiquement, par obéissance au charisme des leaders, par volonté de redistribution des revenus, etc...Mais le plus souvent, la logique de l'action collective s'est heurtée à celle de l'action individuelle, parce que toute révolution fait intervenir des structures sociales qui ont une influence sur les comportements individuels.

La question des révolutions est importante, pourtant un constat s'impose en ce qui concerne la France : l'engagement révolutionnaire y a été peu étudié, alors même que les révoltes y ont été nombreuses et que la Déclaration des droits de l'homme y est directement issue d'une révolution. Quant aux études produites au plan international, elles relèvent de 4 périodes pour leurs travaux sur les révolutions : la période 1900-1940 dite « école de l'histoire naturelle des révolutions » ; à partir des années 1940, « l'école des théories générales » ; dans les années 1970, « les modèles structuralistes » ; à la fin des années 1980, un examen des Etats les plus vulnérables aux révolutions. Ces études ont-elles expliqué en profondeur le mécanisme d'une révolution ?

 

1. La difficulté de définir la révolution

Les révolutions ont pris des formes très différentes dans l'histoire. Une majorité a été le fait des paysans dans le monde, qui ont développé aussi bien des guérillas que des jacqueries et ont reçu parfois le soutien d'élites urbaines, notamment dans les pays en voie de développement.

Quels sont en fait les critères d'une révolution ? Certains définissent la révolution sociale par des « transformations rapides, fondamentales des structures de l'Etat et des classes d'une société, accompagnées et en partie réalisées par la révolte des couches issues des bas-fonds de la société ». Par différence, une rébellion n'entraîne pas de changements structuraux. Mais il y a eu des « révoltes nationales » qui ont conduit à des changements majeurs alors que les rebelles ont parfois été vaincus. Peut-on alors utiliser comme critère distinctif ceux de l'ampleur de la violence et de la perte de pouvoir de l'élite politique ? Cela ne conviendrait pas aux guerres de succession dans les empires ottoman et mongol, à la guerre civile anglaise des roses ni aux guerres civiles américaines et nigériane : il y manqua la redéfinition du pouvoir politique. Il y a eu aussi des bouleversements pacifiques en Europe centrale et de l'Est à partir de 1989 que certains considèrent comme des révolutions. Serait-ce alors l'illégalité du mouvement de masse qui définirait le mieux une révolution ? L'illégalité est déjà contenue dans la notion de « renversement ».

En fait, chaque analyste des révolutions possède sa propre liste et ses propres critères. Les révolutions française de 1789, russe de 1917 et chinoise de 1949 sont les seules à être considérées comme de « vraies » révolutions, avec participation importante des masses paysannes et engendrement de transformations sociales. Un auteur comme Jack Goldstone retient 9 variables potentielles : illégalité du mouvement ; recours à la violence ; participation des élites ; participation des masses ; changement de politique ; changement de gouvernement ; changement structurel de politique ; changement socioéconomique structurel ; changement fondamental de l'idéologie en vigueur. Evidemment, toutes les révoltes qualifiées de révolutions ne réunissent pas la totalité de ces variables.

Si on se place du côté des masses, la théorie générale la plus souvent sollicitée est celle de la frustration - agression. Elle dit qu'une révolution émerge quand les masses sont dans un état de frustration par rapport à des objectifs qu'elle ne peuvent atteindre. Les causes peuvent être multiples : modernisation mal vécue ; politique économique privilégiant une classe, un groupe, une élite ; dysfonctionnements sociaux ; difficultés de vivre, etc.

 

2. Révolution et incitations sélectives

On peut tenter de décrire une révolution par le comportement, soit des révolutionnaires, soit du gouvernement. On est alors dans la question des incitations sélectives.

Certains analystes essaient d'expliquer le succès d'une action collective révolutionnaire par le recours à des incitations sélectives ou récompenses privées qu'un individu pourrait recevoir s'il participait à la révolution. Récompenses d'ordre économique (financières ou matérielles) et récompenses sociales (émotionnelles et psychologiques). En fait, plus que les récompenses privées, il semble que le bien public soit l'élément le plus important avec l'encouragement de groupe, et la rencontre de personnes partageant les mêmes idées. Mais le problème essentiel d'une révolution reste celui de l'émergence d'un groupe leader. Donc, la corrélation entre choix révolutionnaire et incitations sélectives ne suffit pas à expliquer l'émergence d'une révolution, dans sa mobilisation à grande échelle.

La répression d'Etat a parfois été présentée comme une incitation sélective : un gouvernement peut recourir à la répression de l'opposition tout en offrant des incitations sélectives à ses partisans. Mais, en réprimant violemment une révolution, le régime en place la dissuade-t-il ou la stimule-t-il ? En fait, la relation entre un régime coercitif et une opposition violente semble bien exister. Mais comment les masses urbaines et rurales témoins de l'événement réagissent-elles ? Il semble cependant qu'un niveau élevé et aveugle de répression d'Etat encourage la révolution, à condition qu'un grand nombre d'individus composent le groupe révolutionnaire et que les masses soient favorables au soulèvement.

Le leadership joue aussi un rôle dans les incitations sélectives. L'histoire populaire réduit d'ailleurs souvent une révolution à son leader charismatique : Robespierre, Lénine, Mao, Castro, etc .Pourtant, les analystes montrent qu'il y a souvent un groupe de leaders : les uns sont les « prophètes » proposant une vision de la justice, les autres sont les stratèges militaires. Dans certains cas, les incitations sélectives proposées par les leaders sont la promesse de biens redistribués aux membres du mouvement et aux plus pauvres en cas de victoire (révolution chilienne).