| Développement humain et lutte contre la pauvreté - Questionner la microfinance |
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| Écrit par Noël NEL |
| Dimanche, 09 Mai 2010 19:54 |
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4. Questionner la microfinance
Le marché du crédit est un exemple où la pauvreté entretient la pauvreté. Peut-on l’éviter par la microfinance, dont la réputation ne cesse de progresser dans le monde ? Analyse économique du marché du microcrédit
Le microcrédit fait actuellement partie des outils de base de la lutte contre la pauvreté. On pense qu’il va stimuler l’esprit d’entreprise chez les pauvres et qu’il va les pousser à entrer dans l’enrichissement et l’épargne. L’idée dominante est que tout pauvre serait par nature un entrepreneur et que l’accès aux services financiers serait une des clés de la lutte contre la pauvreté. Est-elle judicieuse ? A-t-elle été évaluée ? Cette idée est née devant la difficulté des gouvernements et des banquiers à prêter aux plus pauvres et devant la présence d’un marché du crédit informel s’avérant très actif : était-il possible de s’inspirer du succès du marché informel ? C’est ce que comprit Mohammed Yunus, prix Nobel de la Paix, au Bangladesh et inventeur du microcrédit. Il peut exister deux problèmes essentiels limitant l’accès des plus pauvres au marché du crédit. Le second problème concerne la situation où cet emprunteur se tait sur les risques de son projet. Pour ces deux raisons, le marche du crédit entretient de fait la pauvreté. Les intérêts et limites de la microfinance
Pourquoi la microfinance est-elle un espoir dans la lutte contre la pauvreté, malgré les taux relativement élevés, plus faibles cependant que ceux des usuriers ? Le modèle de Mohammed Yunus nous le révèle. Il se résume à quelques paramètres ayant tous un rôle important : prêts accordés aux femmes, à des groupes de 5 à 10 femmes solidaires, se rencontrant chaque semaine ; obligation de rembourser chaque semaine pendant un an, une partie du capital et les intérêts ; prêts d’abord faibles, puis de plus en plus importants ; suivi des clients par un personnel nombreux ; taux d’intérêt élevés, de 20% à 100%. Bref : les femmes, la régularité des remboursements, la solidarité du prêt, le groupe, le suivi rigoureux, les taux élevés. Mais surtout : l’obligation d’épargner, les incitations dynamiques, le grand nombre d’employés de suivi, la simplicité des produits, la réduction des coûts de transaction. Le système fonctionne bien, mais il n’est cependant pas à l’abri de la crise. Ce système aide-t-il vraiment les pauvres ? Il est à l’œuvre depuis plus de 30 ans et n’est pas sans faiblesse. De nombreuses institutions de microfinance dépendent de subventions, aides au démarrage, fonds à taux préférentiel. Le risque de surendettement existe. Une seule évaluation est actuellement achevée (celle de Spandana, en Inde) : elle révèle qu’1 microcrédit sur 6 conduit au lancement d’une nouvelle activité, et le microcrédit à lui seul ne peut supprimer les nécessaires interventions sur la santé et l’éducation, « il n’est pas une solution universelle » (p.49). Il contraint surtout à épargner. Les plus pauvres subissent régulièrement des risques considérables (climat, maladies, vols, etc.). Il faudrait donc aussi des systèmes d’assurance reposant sur une assiette plus large. La microfinance commence à s’intéresser à cette question, qui n’est guère populaire parce qu’elle est perçue par les pauvres comme un impôt. S’il ne fait pas éclore un entrepreneur dans chaque individu, le microcrédit reste cependant un moyen d’aider les pauvres à s’aider eux-mêmes, à se lancer dans une activité (1 cas sur 6), à épargner et à amortir les difficultés de la vie. Mais il ne peut remplacer les autres moyens de lutte contre la pauvreté.
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