Forum Encyclopédie Sujets de société Développement humain et lutte contre la pauvreté - Les vraies raisons des échecs systémiques
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Écrit par Noël NEL   
Dimanche, 09 Mai 2010 19:54
Index de l'article
Développement humain et lutte contre la pauvreté
Développer l’école
Développer la santé
Questionner la microfinance
Lutter contre la mauvaise gouvernance
Les vraies raisons des échecs systémiques
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6. Les vraies raisons des échecs systémiques

On peut être à bon droit pessimiste sur l’efficacité de l’aide internationale aux pays pauvres. On commence à comprendre qu’il faut que les pauvres (vivant avec moins de 2 dollars par jour et par personne) s’aident eux-mêmes et qu’il faut évaluer rigoureusement les expériences menées pour éliminer la pauvreté, expériences qui touchent surtout à l’éducation, à la santé, à la finance et à la gouvernance.

Pour Esther Duflo, en matière d’éducation et de santé dans le monde, il y a deux raisons principales aux échecs :

  • il existe une certaine frilosité politique, les innovations et évaluations venant le plus souvent des ONG et non des gouvernements ;
  • les systèmes actuels d’éducation et de santé dans le monde sont souvent produits par des bureaucrates qui se tiennent loin des réalités de terrain et agitent des idées hors de ces réalités.

Par ailleurs, Esther Duflo nous aide à relativiser l’intérêt de la microfinance. Celle-ci a des effets plus modestes qu’on ne le dit sur la création d’entreprise, les pauvres résistant fort à la notion d’assurance. De même, ils ne s’organisent pas facilement pour changer une gouvernance. Ils ont beaucoup à faire pour leur propre existence, et leur niveau d’initiatives est plus subi que voulu. Les raisons sont faciles à comprendre : « Paradoxalement, plus une société s’enrichit, plus ses membres sont pris en charge quant aux décisions importantes de leur vie quotidienne » (p. 103). Or, on demande aux pauvres de prendre de plus en plus de responsabilités, alors qu’ils subissent une existence complexe et précaire.

Seules, des politiques publiques peuvent organiser des infrastructures et des services publics de qualité aidant les pauvres à s’en sortir : « si l’on veut pérenniser la lutte contre la pauvreté, tâtonnements, créativité et patience sont indispensables, non pour trouver la baguette magique qui n’existe pas, mais pour mettre en place une série de petites avancées qui, dès aujourd’hui, amélioreront la vie des plus pauvres ». De petites avancées qu’il faut savoir toujours évaluer avec rigueur, comme le fait Esther Duflo !

Il se pourrait que les enseignements tirés pour les pays pauvres et en voie de développement du Sud soient pertinents aussi pour les pays plus avancés du Nord, où l’action politique repose sur des stéréotypes de l’efficacité qui ont besoin d’être révisés et où la valeur de l’expérimentation et de l’évaluation est loin de s’imposer. On annonce qu’on réforme, on dit qu’on l’a fait, mais qui l’a évalué avec rigueur ? L’action politique a pourtant besoin de méthode expérimentale solide.

 

Noël Nel