| Développement humain et lutte contre la pauvreté - Développer l’école |
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| Écrit par Noël NEL |
| Dimanche, 09 Mai 2010 19:54 |
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2. Développer l’écoleLa scolarisation, la lutte contre l’analphabétisme et l’illettrisme relèvent en première ligne des biens humains fondamentaux. Il existe de très nombreuses expériences à travers le monde pour scolariser. Que nous enseignent-elles quand on les évalue avec rigueur, comme le fait Esther Duflo ? Encourager la participation scolaire
Soit l’objectif : scolariser le plus grand nombre d’enfants. Comment s’y prend-on dans les pays pauvres pour poursuivre cet objectif ? L’approche classique de ce problème, quels que soient les pays du monde concernés, se résume toujours à : il faut inscrire les enfants à l’école, les parents étant le principal agent à convaincre, et il faut diminuer les coûts financiers de scolarité. Cette approche n’est pas sans fondement, comme le montrent toutes les expérimentations menées dans les pays en développement. Mais elle ne suffit pas. Cette approche traditionnelle néglige l’absentéisme des enfants, qui va de 14% à 54% dans les pays pauvres. En privilégiant la question des coûts de scolarité, on oublie en effet d’autres facteurs comme l’information sur l’intérêt de l’éducation sur le marché du travail, ou l’amélioration de l’état de santé des scolarisés (sait-on que les vers intestinaux – schistosome - provoquant la bilharziose touchent un quart des enfants du monde ?), ou le rôle de l’enseignant dans l’apprentissage. Mais comment choisir entre ces différents types d’actions complémentaires possibles : réduire les coûts, inciter à une présence régulière à l’école (bourses au mérite, encouragements financiers, prix de fin d’année), mieux informer sur les bienfaits de l’instruction, améliorer la santé des élèves ? Il faut disposer d’évaluations rigoureuses sur chaque point. Et quand on les a conduites, comme le fait Esther Duflo, on constate que ces actions les plus répandues, centrées sur les coûts de l’instruction, ne sont pas non plus suffisantes. Améliorer l’acquisition du savoirUne fois que les enfants sont très présents à l’école, encore faut-il qu’ils apprennent vraiment. Il faut donc améliorer la qualité de l’école, et le faire de façon urgente. Mais comment ? On peut le faire au moins de trois manières, en allouant plus de moyens à l’école, en modifiant la pratique pédagogique, en motivant davantage les enseignants. Voyons chaque option ! Augmenter les moyens, c’est recruter davantage d’enseignants, faire acquérir du matériel, distribuer des manuels scolaires, etc. Or, selon Esther Duflo, toutes les évaluations sur ce point sont décevantes. Ainsi, « la réduction de la taille des classes ne semble pas améliorer les résultats scolaires quand elle n’est pas accompagnée d’autres changements » (p. 41). Elle rendrait le niveau très hétérogène, favoriserait les élèves déjà en avance, et inciterait les enseignants à tirer prétexte de ces ressources nouvelles pour travailler moins. « Sans changement de pédagogie ou de motivation, réduire la taille des classes n’a aucun effet » (p. 47). Priorité à la pédagogie ! Mais modifier la pratique pédagogique ne se résume pas à réduire la taille des classes. C’est d’abord s’adapter au niveau des enfants et sur ce point, selon les évaluations conduites, ce sont les groupes de niveau qui paraissent les plus bénéfiques. Reste la nécessité de motiver les enseignants. Les expérimentations dans le monde jouent sur le rôle des incitations financières en fonction des résultats des élèves, ou encore sur la pénalisation des absences d’enseignants. Réformer le systèmeLes solutions expérimentées dans le monde en développement pour réformer vraiment le système sont principalement la surveillance des parents sur les enseignants et la privatisation de l’école. Donner plus de pouvoir aux parents passe par la mise en place de conseils dans le système éducatif. Or, selon les évaluations actuelles, on ne peut dire qu’une plus grande participation des parents dans l’école est systématiquement utile. « Informer les parents les conduit à agir… mais seulement lorsqu’une action relativement directe est possible » (p. 59). Les parents n’agissent vraiment que si cela est efficace. La privatisation conduit-elle à améliorer sensiblement la qualité de l’école ? L’expérimentation n’existe pas sur le marché scolaire dans son ensemble. Dans ces conditions, « il faut plutôt se demander comment accompagner les parents au mieux, le système éducatif étant ce qu’il est » (p. 63). Changer l’écoleAu total, les parents doivent comprendre l’importance de l’instruction pour inscrire leurs enfants à l’école. La réduction des coûts de l’éducation est utile et redistribue les ressources vers les plus pauvres. Mais il faut surtout améliorer la qualité de cette instruction, la pédagogie. Hélas, les enseignants de ces pays en développement sont peu motivés, souvent absents et peu efficaces. A court terme, il faut leur donner des rémunérations intéressantes pour mieux les motiver ; mais à long terme, il faut leur donner davantage de responsabilités. Les enfants sont souvent absents, touchés par des maladies. Il faut augmenter leur plaisir d’apprendre. Une première étape consiste à changer l’école pour mettre l’accent sur les connaissances absolument fondamentales et introduire aussi des jeux et activités sportives. Au total, selon Esther Duflo, « les grandes réformes systémiques (impliquer davantage les parents, privatiser l’école, etc.) ont des effets beaucoup plus mitigés que leurs partisans ne veulent bien l’admettre » (p. 64). L’essentiel reste donc dans la qualité du contenu enseigné, qui doit être fondamental pour longtemps, et dans la relation pédagogique mise en œuvre par les enseignants.
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