| Développement humain et lutte contre la pauvreté |
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| Écrit par Noël NEL |
| Dimanche, 09 Mai 2010 19:54 |
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« La protection sociale est la condition de possibilité pour former une société de semblables : un type de formation sociale au sein de laquelle nul n’est exclu parce que chacun dispose des ressources et des droits nécessaires pour entretenir des relations d’interdépendance (et pas seulement de dépendance) avec tous. C’est une définition possible de la citoyenneté sociale. C’est aussi une formulation sociologique de ce qu’en termes politiques on nomme une démocratie ». Robert Castel, L’insécurité sociale (Seuil, 2003). « Les services sociaux ont trahi les pauvres » Rapport annuel de la Banque mondiale, 2004 Ces deux citations nous alertent : nous avons du pain sur la planche pour éradiquer la pauvreté et l’insécurité sociale, imposer une protection sociale préparant citoyenneté sociale et vraie démocratie ! Ce texte propose de se tourner pour ce faire vers le travail passionnant et novateur d’Esther Duflo. Livres de référence Esther Duflo, Le développement humain. Lutter contre la pauvreté (1), Seuil, 2010. Esther Duflo, La politique de l’autonomie. Lutter contre la pauvreté (2), Seuil, 2010.
1. Privilégier le capital humain
De quoi parlons-nous au juste ? De mettre l’homme au cœur de la politique en luttant efficacement contre la pauvreté!
La notion de « capital humain » a été proposée dès 1961 par Theodore Schultz, prix Nobel d’économie de l’école de Chicago. Elle désigne les compétences, expériences et savoirs, bref les talents et les aptitudes d’un individu. Santé et éducation y ont une place essentielle. Proche de cette notion, celle de « capital culturel » théorisée par Bourdieu (à partir de Durkheim), dans laquelle l’éducation est centrale. Ces aptitudes, ces capacités humaines, l’économiste Amartya Sen, autre prix Nobel d’économie, les nomme des « capabilités ». Il les définit comme « les diverses combinaisons de fonctionnements (états et actions) que la personne peut accomplir » (1999). Santé et éducation y sont aussi des « capabilités » de base. S’appuyant sur cette notion d’Amartya Sen, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) a avancé en 1990 la notion d’« indice de développement humain » fondée sur quatre indicateurs : espérance de vie, taux d’alphabétisation, taux brut de scolarisation, revenu par habitant. Santé et éducation apparaissent donc dans trois indicateurs sur quatre. Enfin, penchons-nous sur la notion de « biens humains fondamentaux », qui sont des biens publics et collectifs. Elle signifie qu’il existe un patrimoine de l’humanité que nous devons à tout prix préserver. Il est fait de biens matériels (eau, air, matières premières..) et immatériels (justice, culture, connaissances…). Pierre Calame nous en a proposé une classification qui a le mérite de distinguer les biens qui relèvent du marché – ceux qui se divisent en se partageant – de trois autres catégories qui, elles, intègrent les systèmes de relations (homme / homme, individu /société et société /écosystèmes) et relèvent d’une gouvernance. En ce sens, le développement humain intègre, à côté de la catégorie des biens matériels, les catégories de biens immatériels, humains et naturels. Le capital humain, ingrédient de base du développement humain, ne saurait donc être envisagé hors contexte, hors des biens humains fondamentaux. Il est individuel et collectif. Depuis plus de 50 ans, des économistes, philosophes, penseurs nous alertent. La politique peut décider de préférer le capital humain au capital financier, même s’il donne moins de garantie de rentabilité. Préférer l’homme à la richesse matérielle. Et elle peut décider d’arrêter l’appropriation généralisée des biens humains fondamentaux, ce qu’on appelle la marchandisation de l’humain, du vivant, de l’immatériel, de la nature. Mais comment le faire ? Cela pose deux grandes questions que l’on peut inclure dans l’économie du développement humain :
Sur ces points, le travail d’Esther Duflo, titulaire de la chaire « Savoirs contre la pauvreté » au Collège de France, est indispensable. Ce travail de vérification expérimentale se déploie sur l’ensemble des pays du monde en développement (Inde, Kenya, Brésil, Madagascar, Afghanistan, Turquie, Colombie, etc.), où elle a évalué de très nombreuses expériences. Sa préoccupation consiste à tester rigoureusement les politiques de développement et de lutte contre la pauvreté que l’on prétend développer, notamment sur les cas de l’école, de la santé, de la microfinance et de la gouvernance. Et les résultats bousculent bon nombre d’idées reçues. Ils sont peut-être utiles aussi pour les pays développés. Les enseignements qu’en tire Esther Duflo sont résumés ci-dessous.
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