| La gauche de la gauche |
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| Écrit par Noël NEL |
| Dimanche, 28 Juin 2009 12:07 |
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Page 1 sur 4 En 2009, il a été beaucoup question de la naissance de nouveaux partis - le Parti de Gauche, le Nouvel espace progressiste, le Nouveau parti anticapitaliste - qui disent se situer sur l'échiquier politique « à gauche de la gauche ». Qu'est au juste cet espace politique « à gauche de la gauche » ? Le champ hétérogène de « la gauche antilibérale »
Depuis près de 25 ans, depuis notamment le tournant de la rigueur de 1983, l'idée a fait son chemin de l'existence d'une demande politique de gauche qu'il faudrait appeler « antilibérale ». Cette demande se serait fortement exprimée dans les grèves de novembre - décembre 1995, puis dans le « non de gauche » au Traité constitutionnel européen de 2005. Elle aurait été réactivée lors de l'élection présidentielle de 2007 qui signa cependant l'échec d'une candidature unique anticapitaliste. La grande crise de 2008 lui aurait apporté une légitimation décisive. Il serait temps pour certains de cueillir les fruits de l'anticapitalisme! L'avenir nous dira s'il s'agissait d'une illusion ou d'un scénario souterrain qui avait une chance de déboucher au grand jour, le scénario du « bloc populaire antilibéral ». La réponse politique à cette demande antilibérale serait notamment un parti antilibéral. Il est nécessaire de repérer les composantes possibles de cette « gauche antilibérale ». Elles peuvent être politiques, associatives, syndicales et intellectuelles.
La composante politique de la gauche antilibérale
Elle concerne d'abord les différents partis « trotskystes » : Ligue communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière, Parti des Travailleurs. Le PT (fondé en 1991) et la LCR (1973) sont issus de la IVème internationale, qui s'est scindée en 2 en 1952, le courant dit Barta donnant naissance à LO (hors de la IVème internationale). C'est la LCR (3000 militants) qui a avancé en 2008 le projet d'un Nouveau parti anticapitaliste, internationaliste, féministe, écologiste, projet récurrent déjà énoncé en 1984. La LCR de 2008 était très nettement rajeunie et féminisée. Elle recrutait dans les catégories moins protégées (contrats précaires, chômeurs) du salariat et dans le secteur privé. Les enseignants y restent la catégorie la mieux représentée (28%), à côté des employés (25,6%), des cadres (25%), des catégories moyennes (14,5%) et des ouvriers (5%). Rajeunissement, croissance des catégories populaires, absence d'expérience et de culture politique des nouveaux militants sont ses principales caractéristiques. La composante politique concerne ensuite tout ou partie du Parti communiste français, en concurrence avec la LCR. L' inclusion éventuelle du PCF dans la gauche antilibérale poserait du même coup la question de l'inclusion ou de l'exclusion d'une partie du PS et des Verts, car ces deux partis sont traversés diversement par le clivage antilibéral / social-libéral. Quoi qu'il en soit à l'avenir, la conception la plus large possible de la gauche antilibérale conduirait dans la situation actuelle à un rassemblement politique ne dépassant guère 10% des suffrages.
La composante associative de la gauche antilibérale
Cette composante appelée parfois « mouvementiste » ne veut pas s'inscrire dans le champ politique. Elle est très critique à l'égard de la démocratie représentative et de la gauche institutionnelle. Elle veut manifester sa « radicalité » et ses compétences spécialisées dans l'autonomie, mais il lui arrive de coopérer avec les forces politiques anticapitalistes. Car comment « changer le monde » sans prendre le pouvoir ? Ses fers de lance sont ATTAC (1988), le DAL (Droit au logement), CDSL (Comité des sans logis) , MNCP (Mouvement national des chômeurs et précaires), APEIS (Association pour l'emploi, l'information et la solidarité des chômeurs et travailleurs précaires), AC (Agir ensemble contre le chômage). Ces associations des « sans » mettent la précarité, le chômage, les questions sociétales au cœur du débat public. Elles se rapprochent de la CP (Confédération paysanne) et donc de la contestation « antiglobalisation ». C'est ce que fait notamment ATTAC, qui se déclare à présent « mouvement d'éducation populaire tourné vers l'action ». La composante associative attire les militants chrétiens de gauche et les libertaires. Elle préfère aux structures hiérarchiques des partis politiques les structures horizontales en réseaux avec emboîtements successifs, la démocratie participative, délibérative et de consensus. Elle déteste le dogmatisme, l'organisation, la délégation, l'ouvriérisme, le collectif qui nie l'individu. Elle adore multiplier les engagements dans une citoyenneté active. Si les partis politiques agissent dans le temps linéaire découpé en séquences, les « mouvementistes » sont dans le temps « germinateur » des luttes qui « bourgeonnent » et « essaiment ». Ils ont une forte attente d'une « autre politique » qu'ils situent dans l'espace autonome des mouvements sociaux. C'est le cas du mouvement altermondialiste, qui comprend d'ailleurs des militants du PS, du PCF, de la LCR, des Verts. Cette « nouvelle critique sociale » se considère comme étant la « vraie » gauche et préserve son autonomie par rapport à la gauche institutionnelle. Or, elle a vécu un revirement le 22 novembre 2005, en lançant l' « Appel pour des candidatures unitaires en 2007 et 2008 », avec l'idée de « refonder la gauche » dans des convergences citoyennes. La composante associative, concurrent direct des partis de gauche, reste donc divisée sur la question d'un éventuel débouché politique des mouvements sociaux. Elle affiche une forte dimension intellectuelle : Club Merleau-Ponty (1994), Réseau d'alerte sur les inégalités (1995), Raisons d'agir (1995), Appel des économistes pour sortir de la pensée unique (1996), Observatoire de la mondialisation (1996), Fondation Copernic (1996).
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