| Les enjeux de l'immigration - Que serait « une politique de gauche de l’immigration » ? |
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| Écrit par Noël NEL | ||||
| Lundi, 01 Février 2010 22:55 | ||||
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2. Que serait « une politique de gauche de l’immigration » ?
Les valeurs en débat
Dès 1945, les valeurs en débat se sont organisées autour de deux questions, rappelées par Patrick Weil : « la qualité d’un peuple, en l’occurrence celle du peuple français, dépend-elle du nombre ou de la sélection ? Et pour les immigrés que l’on souhaite introduire, l’assimilabilité est-elle fonction de leur origine ou des caractéristiques de chaque individu ? » (p. 45). Grand ou petit nombre, individu ou ethnie-race ? Et on doit ajouter : accueillir pour assimiler ou accueillir pour proposer un mode de vie ! Se poser la question de la « qualité ethnique » de l’immigré conduit à déterminer par le fait même un ordre de « désirabilité » ethnique dans le cadre d’un objectif d’assimilation ou de francisation. C’est ainsi que certains ont pu et peuvent encore préférer les « nordiques » et les « méditerranéens » aux africains et maghrébins. Cette position affirme que la différence ethnique existe, est structurelle, n’évolue pas ou peu et très lentement. On va même jusqu’à mobiliser la psychanalyse pour affirmer que les mentalités ne changent guère dans le temps, qu’elles structurent durablement l’inconscient. Tout logiquement, la politique d’immigration qui inspire cette position prône une immigration de complément, de faible quantité et très sélective, avec préférence pour certaines origines d’immigrés jugé « assimilables ». A l’opposé, accepter les immigrés en quantité plus grande, être donc partisan du nombre peut relever de positions différentes plus ou moins nobles : accepter ou subir la réalité du moment découlant de la mobilité extérieure ; défendre une position de démographe qui propose de corriger par l’immigration les lacunes de la population française (cela fut la position d’Alfred Sauvy dès 1945) ; compenser certains comportements français de refus des métiers pénibles pour confier ces derniers à des immigrés, être ouvert à l’autre, etc. Que serait alors une position de gauche en faveur de l’immigration de grande quantité ?
Les positions de gaucheElles n’ont pas toujours été très cohérentes depuis 1981. On peut cependant les décliner avec une relative clarté. Il faut d’abord épouser le point de vue formulé par Lévi-Strauss en1952 dans Race et Histoire : toutes les civilisations se valent. L’égalité est aussi celle des cultures humaines. Il faut ensuite faire attention aux mots : au lieu de parler d’immigration, dont les connotations sont négatives à cause de l’influence de ceux qui prônent l’interdiction, surtout à droite et à l’extrême -droite, parlons de mobilité humaine inévitable dont les causes sont multiples et aggraveront le phénomène dans un proche avenir. Car, aux réfugiés politiques et aux migrants économiques s’ajouteront demain les réfugiés climatiques. Pour le réfugié politique, le droit d’asile est à réactiver au titre du devoir de protection.
Par égalitarisme, universalisme et internationalisme, la gauche défend la citoyenneté mondiale, donc l’alliance des civilisations. Dans le cadre d’un gouvernement mondial à créer, elle doit tirer les leçons des échecs des politiques d’aides aux retours des migrants et prôner la co-évolution des pays et Etats-nations. Entre pays décidés à se développer ensemble, la question de la mobilité aura en effet à être abordée et traitée. Cela suppose de dépasser la sacro-sainte souveraineté de chacun pour examiner et décider ensemble, dans la perspective de la mobilité maîtrisée (si possible), les configurations de chaque pays concerné, les objectifs respectifs, les principes à retenir. La gauche prend position en faveur d’une immigration de quantité. Elle est pour l’accueil et l’acceptation. Mais ceux-ci peuvent-ils cependant souffrir des restrictions découlant d’objectifs particuliers ? En fait, cette question des restrictions a divisé souvent la gauche. Pourrait-il s’agir de restrictions concernant la qualité des immigrés : par exemple, n’accueillir que l’élite (médecins par exemple), ou à l’inverse que les travailleurs manuels (c’est souvent le cas) ? Même si cela a pu être fait dans le passé, ce n’est pas acceptable et reviendrait à opter en fait pour l’inégalité et une immigration à préférence ethnique et de complément, au seul bénéfice du pays d’accueil. Seule exception cependant : il faut refuser l’immigré criminel ou terroriste. Il pourrait s’agir de restrictions de quantité concernant les capacités matérielles ou les besoins économiques des deux pays en relation : ces restrictions sont recevables, pour peu qu’elles s’inscrivent dans le cadre de contrats de co-évolution spécifiant les offres et demandes respectives. Il pourrait s’agir aussi d’ajustements pensés dans la perspective d’un «idéal démographique » ou d’un optimum de population. Quand cette raison est mobilisée, c’est souvent entre un pays surpeuplé frappé par l’émigration et le pays d’accueil en risque de sous-peuplement à court ou moyen terme. Cela comporte aussi au passage des questions de regroupements familiaux induits par l’introduction de travailleurs, regroupements qu’on oublie ou sous-estime. Dans cette immigration à vocation démographique, seule la négociation entre pays dans la perspective de la co-évolution est la moins problématique. Doit-on parler d’assimilation ? Cela ne semble plus ou pas acceptable car ce serait faire de la culture du pays d’accueil la culture exclusive ou supérieure pour tout immigré, au mépris de sa culture d’origine. Parlons alors simplement d’acceptation et d’admission de migrants ! Et proposons aux immigrés la citoyenneté comme projet démocratique de solidarité, pour construire chez nous et avec eux une société du bien vivre ensemble. Certains voudront repartir dans quelques années, dans le cadre d’un contrat de retour dans leur pays d’origine. La co-évolution pourrait nous conduire à les aider à se réinstaller dans leur pays d’origine, dans des proportions négociées avec les dirigeants de ce pays. D’autres seront désireux de rester sur notre sol. Il faut alors affirmer : à eux seuls incombe le traitement de leur question identitaire, de leur désir d’acquérir une identité pleinement française ou une identité clivée de double appartenance. Et qui peut affirmer sur ce point que le citoyen français qui garde une part d’attachement à des racines non françaises serait inférieur ? Au-dessus de la citoyenneté nationale se trouve pour les gens de gauche la citoyenneté mondiale dans le cadre de la planète Terre. Quand Edgar Morin parle d’une Société – Monde, il voit juste ! Noël Nel
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