| Immigration |
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| Écrit par Noël NEL | ||||||
| Samedi, 02 Janvier 2010 11:35 | ||||||
Page 1 sur 4 La question de l’immigration occupe le devant de la scène politique française depuis près de 30 ans, si ce n’est plus. Elle déchaîne les passions, notamment parce que le Front national en a fait son fonds de commerce. Il a réussi à imposer dans l’opinion l’idée que l’immigration devrait être considérée comme une invasion et majoritairement traitée du seul point de vue nationaliste, souverainiste, sécuritaire. L’immigration concerne fondamentalement les questions du travail, du logement, de l’insertion sociale Mais elle ne peut être détachée des phénomènes complexes de la dynamique de la population, ce système dont les composantes sont la natalité, la mortalité, la nuptialité, la migration. Or, examiné dans cette perspective, le brassage des Français et des étrangers apparaît comme inéluctable et peut-être même la seule solution pour l’avenir ! Le scénario central des projections démographiques de l’INSEE pour les prochaines décennies prévoit en effet une hausse prévisible des décès qui dépasserait le nombre des naissances, si bien que la migration de peuplement permettrait seule la croissance démographique française ! Si tel sera notre avenir, alors le rôle historique de la gauche est d’inverser fondamentalement la pente de bon nombre de politiques conservatrices de l’immigration et de préparer l’accueil de ces migrants.
1. Réalités de l’immigration en France
Il y a immigration quand un étranger s’installe pour un an au moins dans un pays. On ne perçoit les réalités de l’immigration que si l’on se tourne vers les chercheurs scientifiques, si l’on procède avec eux à des comparaisons dans le temps et l’espace et si l’on en tire les conclusions qui s’imposent, hors des querelles idéologiques stériles. Evidemment, la grande question à se poser est : le phénomène migratoire a-t-il en France et ailleurs l’ampleur que certains lui ont durablement donnée ? 11. Bien évaluer l’immigration.
Il est une première réalité : tous les pays d’Europe surestiment le pourcentage d’immigrés dans leur population. En 2003, l’Enquête sociale européenne a sondé les opinions publiques de tous les pays d’Europe : elle a révélé que chaque nation croit accueillir plus d’immigrants que les autres. Dans les faits, les populations qui accueillent le plus d’immigrés en Europe sont les Allemands (20%), les Suisses (28%) et les Luxembourgeois (34%). La France en accueille 8 à 10%, c’est-à-dire 5 millions (dont 2 millions ont acquis la nationalité française), mais l’opinion française pense en accueillir 29%. Il n’y a pas en France d’intrusion massive, mais ce que le démographe François Héran nomme « une infusion durable », au fil des générations. La population française représente 1 centième de la population mondiale (6,6 milliards d’habitants) et elle accueille donc 1 millième de sa population en étrangers. D’après l’Organisation internationale des migrations, 191 millions de gens, soit 3% de la population mondiale, vivent à l’étranger. Les 5 millions d’immigrés en France représentent 2% des 191 millions de migrants au monde. L’administration distingue le regroupement familial (flux d’étrangers rejoignant un conjoint étranger déjà en France) et le reste de la migration familiale (étrangers rejoignant en France un conjoint français, éventuellement immigré naturalisé). Le premier est de 25 000 personnes, sans les mineurs ; le second est passé en 5 ans de 28 000 à 62 000 personnes. La migration estudiantine est de 55 000 personnes. 12. Moduler l’immigration
Il est une deuxième réalité : moduler l’immigration selon un tableau de bord est une affaire très complexe. Les critères énoncés par le Parlement sont : motif du séjour (travail, études, séjour familial, demande d’asile) ; besoins du marché de l’emploi (par région et par métier) ; capacités d’accueil (centres d’hébergement, écoles, hôpitaux, logements) ; situation démographique ; situation des pays d’origine. 13. L’équilibre réalisé
Il est une troisième réalité : 30 ans d’immigration et de regroupement familial en France ont conduit à rééquilibrer les hommes et les femmes de la population immigrée : il y a actuellement 2,5 millions de femmes pour 2,5 millions d’hommes. 14. La migration de travail
Dernière réalité : la loi du 24 juillet 2006 en France prétend jouer sur 2 tableaux, réduire le solde migratoire et répondre aux besoins de l’économie française. On ne retient généralement d’elle que la distinction entre « immigration subie » et « immigration choisie » (qualification inspirée de Romano Prodi qui en parlait dès septembre 2000). Faire reculer l’immigration subie au profit de l’immigration choisie revient à réduire le solde migratoire et à privilégier la croissance démographique interne. Mais cette loi est plus subtile qu’on ne le dit, car si elle cherche bien à réduire le solde migratoire d’un côté, par des moyens de type sécuritaire (surveillance des frontières, renforcement des procédures, suivi biométrique), de l’autre, elle ouvre les portes à une migration de travail inscrite dans une politique de co-développement, avec la volonté d’organiser le va- et- vient des migrants pour éviter le pillage des cerveaux. Ce second aspect est-il une prise en compte de la montée inéluctable de l’immigration dans l’avenir ? Ce n’est jamais dit.
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