Forum Encyclopédie Economie Entreprise et société
Entreprise et société Imprimer Envoyer
Écrit par Noël NEL   
Samedi, 02 Janvier 2010 11:24
Index de l'article
Entreprise et société
Pour changer le monde de l’entreprise
Toutes les pages

Dans le cadre actuel de la mondialisation financière, avec les désastres provoqués par la dérégulation, les questions de l’entreprise et du travail sont vitales pour le salariat. Elles le sont aussi pour la gauche qui le défend.

Les fléaux engendrés par le capitalisme actuel sont la litanie des médias : restructurations d’entreprises, délocalisations, suppressions d’emplois, licenciements boursiers, pollution de l’environnement, parachutes dorés, creusement des inégalités, etc…

Si les forces de gauche revenaient au pouvoir, que devraient-elles proposer et mettre en œuvre pour changer véritablement la donne sur le terrain de l’entreprise, apporter une bien plus grande justice sociale, valoriser le travail et l’emploi ?

pdfTélécharger le document

1. Entité économique et entité juridique

Une confusion permanente existe entre l’entité économique « entreprise » et l’entité juridique « société (de capitaux) ». Cette confusion est favorable à l’entité « société ». Or, il est essentiel de ne pas confondre les deux si l’on veut changer quoi que ce soit dans l’entreprise.

11. L ‘entreprise

Pour le salarié, l’entreprise est son « outil de travail et de production ». Elle comprend des instruments de production et des coûts de production, dont les coûts salariaux. Elle crée des biens ou des services. Dans le cadre du capitalisme, elle se soucie de la productivité et de la compétitivité de ses produits.

Depuis près de 30 ans, l’entreprise française a recouru à des formes de flexibilité (contrats à durée déterminée, intérim, temps partiel). Elle a donc accru les effectifs sous statuts précaires, lesquels sont placés hors du champ de la négociation salariale institutionnalisée.

Le salariat de l’entreprise, cible du capital financier, a perdu l’homogénéité et la stabilité des relations de travail. Le contrat de travail des Trente Glorieuses souffre à présent de plus en plus devant certaines pratiques d’individualisation (des rémunérations, des compétences et comportements). L’entreprise est donc très mal en point !

12. La société par actions

Historiquement, le capitalisme s’est constitué au début du 19ème siècle en distinguant « instruments de production » et « droits de propriété ». Les entrepreneurs n’ont pas d’abord amassé des machines et des stocks de matières premières, ils ont accumulé d’abord des droits sur le capital, des titres qu’ils ont convertis ensuite en moyens de production. Le capitalisme est donc fait de moyens de production et de droits sur ces moyens, ces droits de propriété qui s’incarnent dans des « sociétés par actions ». La distinction entre les deux entités ne doit pas être oubliée, car elle est prise dans un rapport de force favorable aux investisseurs, aux détenteurs de capitaux (propriétaires, actionnaires de contrôle, dirigeants – managers).

Pour l’actionnaire, la société est son « outil de rendement », dans le cadre du capitalisme financier. Son souci premier n’est pas la valeur économique de l’entreprise, il est la valeur supplémentaire sur le mode de la liquidité financière. Car l’actionnaire valorise le « rendement de l’actif économique » que gère la société. Il est concerné par la gestion financière, le taux de profit, la rentabilité.

Au nom des normes financières de rentabilité, l’actionnaire n’hésite pas à bousculer l’identité collective de l’entreprise, fondée surtout sur la permanence et la stabilité. L’entreprise n’est pour lui qu’un actif de plus en plus liquide et livré aux fluctuations boursières.

13. La confusion des deux

La gestion d’une entreprise mêle trois niveaux : la productivité (niveau physique), la compétitivité (niveau marchand), la rentabilité (niveau financier). Les deux premiers concernent la gestion industrielle du travail ; le troisième concerne la gestion financière du capital.

Si la logique financière de la société est la seule visée, alors il en résulte des effets pervers sur la gestion de l’entreprise. Par exemple, mieux valent pour l’actionnaire les licenciements qui améliorent les résultats financiers que la recherche de compétences supplémentaires pour les salariés, qui signifie des charges et donc un appauvrissement de l’actionnaire!

Quand il y a risque, l’actionnaire de la société le transfère aussitôt de l’investisseur vers l’entreprise et vers le travail. Les logiques financières qu’il souhaite conduisent à des normes de performance imposées dans l’entreprise : organisation en centres de profit, normes de qualité, relation client, focalisation sur les risques de la société. D’où des politiques de réduction des coûts, des licenciements économiques, des contrats de travail précaires, des recherches de sous-traitance et d’externalisations.

Les salariés deviennent ainsi la variable d’ajustement. Les valeurs créées dans la production de l’entreprise sont soumises à des baisses de coût salarial, parfois à une baisse des ressources productives, pour conforter la « valeur actionnariale ». Car cette valeur se conforte en exploitant des synergies entre établissements fusionnés et en imposant des économies d’échelles.

En faisant la confusion entre entreprise et société pour en profiter, les actionnaires dégagent des « gains de productivité ». En conséquence, il y aura réduction des effectifs salariés en cas de fusion. Ce phénomène affecte aussi les petites entreprises qui ont des liens financiers (participations) ou industriels (sous-traitance) avec une grande société cotée.

On peut conclure que les entreprises / sociétés engagées dans ce capitalisme actionnarial ne proposent pas le développement de l’entreprise attendu par les salariés, mais soumettent le travail au capital.

Si l’on veut changer en profondeur la situation, il faut distinguer impérativement les deux entités entreprise /société et changer le rapport capital / travail.