| Diversité, Immigration, Laïcité |
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| Écrit par Areski SADI |
| Mardi, 27 Avril 2010 17:30 |
Nouveaux défis pour faire corps ensembleL’idée républicaine de citoyenneté, c’est le principe d’égalité de tous. Ce principe fondateur de notre lien social est remis en cause par l’exaltation, voire la sacralisation de nos différences. La question est : faut-il homogénéiser tous les Français ou reconnaître chaque composante de cette diversité ? Comment alors faire tous société, aujourd’hui ? Si la glorification des spécificités est à proscrire, il ne faut pas militer pour une société uniforme. De nos jours, le terme de « communauté » est trop négativement connoté. Pourtant ne dit-on pas de « face book » et autres « second life » qu’ils sont des communautés d’internautes ? Parce que cette effervescence « tribale » moderne est une manière de faire émerger un nouveau lien social, il ne faut pas s’en priver. Vouloir supprimer ce réflexe humain est illusoire. Certes, il pose question, mais il est plus ingénieux de l’étudier afin de le positiver. Pourquoi des groupes de Français ne se sentent-ils nulle part chez eux ? Pourquoi sont –ils d’éternels exilés ? En dépit d’une vie entière en France, d’une instruction foncièrement française, pourquoi peinent- ils à n’adhérer qu’à la seule communauté nationale ? Autant d’interrogations que la recherche d’uniformité exacerbe. L’empire romain nous a légué que notre République « une et indivisible », par trop d’homogénéisation, risque de rejoindre l’ossuaire des empires centralisés à l’excès. Les habitants des banlieues sont une partie intégrante du pays. Quel que soit le sentiment que l’on porte sur eux, quels que soit les préjugés que l’on a d’eux, il nous faut nous accommoder de leur manière d’être, de leur manière de paraître. La nation doit réserver une part de reconnaissance, d’accès à l’emploi, d’accès aux universités, de célébration, bref une part d’estime à chacun d’entre nous. A contrario, s’il n’est pas question de nier les différences, véritables richesses, il est naïf de les exalter, imprudent de les classer et dangereux de les sacraliser ! Nos identités cohabitent sans qu’il soit besoin de les proposer aux informations et de les inscrire dans les statistiques nationales. Elles sont la résultante d’histoires communes et de métissages, elles ne sont pas décrétées. En ramenant l’individu à une appartenance, à une étiquette, on le dépossède de son pouvoir de décision. Ceci est encore plus vrai lorsque l’appartenance à laquelle on le ramène se fait sans lui. Ces pratiques font naître le sentiment que les enjeux sont dans la compétition des identités et non dans l’exercice de la démocratie. Du coup, les activités politiques ne sont plus vues comme engagements utiles et nécessaires au changement de notre monde. A ne valoriser que les différences, on ne travaille plus à une réelle égalité de tous les citoyens en adéquation avec notre modèle universel. S’il est hors de question de discriminer, de rejeter, il est également hors de question de créer des compétitions d’identités. Cloisonner plus encore les citoyens, les enfermer dans des stéréotypes réducteurs faisant référence à toutes les méfiances françaises, aboutit à l’effet inverse de celui recherché. La méthode des statistiques ethniques pour mieux dessiner ces « cases », ces étiquettes, ne répondra pas à l’objectif de lutte contre les discriminations. Aujourd’hui les inégalités de classes sociales sont aussi mal vécues que les inégalités culturelles. Le « racisme » social et les discriminations liées au lieu d’habitation sont des réalités. Se fier au sentiment d’appartenance ethnique pour l’établissement de ces comptages, n’est - ce pas proposer de se reconnaître dans autre chose que la France ? Et puis, dans quelle case un Ouzbek, sera-t-il classé ? Kazakh, Tadjik, Afghan ? Musulman ? Ce qui serait salvateur, ce n’est pas tant de compter mais d’agir quotidiennement pour la réparation de l’ascenseur social, seul garant de l’égalité des chances. Allons-nous revenir au temps des colonies où la France, débarquant dans ces territoires inconnus, comptait les ethnies ?
En définitive, pour continuer de faire société ensemble il nous faut un polythéisme des valeurs. Les histoires de ceux et celles qui composent la communauté nationale, les langues qui enrichissent la République et l’Humanité, les cultures diverses qui se côtoient, autant de forces libres à baliser pour les faire toutes converger vers le même but. Il nous faut réinventer les combats laïcs. On peut se contenter de changer l’image en saupoudrant des blacks par ci et des beurs par là, il est mieux de créer les conditions d’accès à une formation pour tous, des conditions pour une réelle mixité sociale des quartiers de nos villes. Les républicains américains prônent la communication et le tokenisme pour répondre à la discrimination. Dans ce parti, les latinos et les noirs sélectionnés sont ensuite nommés pour appliquer une politique allant à l’encontre des milieux dont ils sont issus. L’écrivain et réalisateur britannique, William Boyd, affirme être frappé par le goût des Français de toujours tout discuter, tout analyser, selon les points de vues individuels mais pour, à chaque fois, aller dans la même direction. L’on se doit de distinguer les valeurs d’orientation des valeurs repères. Celles qui orientent vers le même but sont le Droit, l’Egalité, la Liberté, la Démocratie, l’Education, la République et la Laïcité. Celles qui sont des repères pouvant quotidiennement évoluer sont le respect, la tolérance, les responsabilités, le travail, l’accès au savoir, l’accès à la culture…. Les premières donnent un axe qui nous dépasse tous et toutes au-delà de nos diverses spécificités, le pays revenant à la citoyenneté et à la laïcité chaque fois que les différences entre ses pôles deviennent sources de conflits.
Areski Sadi
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