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Écrit par Christian VARNIER   
Jeudi, 19 Février 2009 19:50
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Socialisme et marché
Quelles propositions ?
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I. Etat des lieux

La chute du communisme a laissé le champ libre à l'ultra ou néolibéralisme qui est par essence doublement régressif pour les démocraties ; cette disparition donne à croire que la victoire du libéralisme est absolue, inéluctable, et qu'il ne nous resterait plus qu'à nous y soumettre mais aussi parce qu'elle permet à certains de faire comme si le communisme n'avait jamais existé, d'où l'étrange retour à gauche d'une pensée " révolutionnaire " .

Ce nouveau capitalisme secrète des inégalités beaucoup plus importantes que le capitalisme classique, qui mettent en danger le modèle de l'Etat-providence. Pour y faire face, la gauche doit s'adapter idéologiquement et pragmatiquement à cette situation nouvelle.

 

Retour arrière : les mutations du capitalisme

Le capitalisme était industriel, il est devenu financier. Les années 1980 et 1990 ont vu l'intrusion brutale des marchés financiers dans la gestion des entreprises. En l'espace de quelques années, les règles du jeu du capitalisme se sont radicalement transformées. La rentabilité financière est devenue la règle d'or du capitalisme contemporain, et cette recherche du meilleur rendement a changé le mode de gouvernement des firmes, ainsi que les normes de gestion basées sur une stratégie de croissance interne des ventes.. Aujourd'hui, s'il n'a pas disparu, ce modèle de développement n'est plus dominant. La concurrence s'est déplacée du marché des produits vers les marchés financiers. Le modèle de croissance interne, incapable de fournir les rendements demandés, recule simultanément. La création de valeur passe désormais par le rachat d'entreprises et une croissance externe. Le profit se fait par rationalisation (et donc destruction d'emplois) plutôt que par croissance (et donc création d'emplois) ; de plus, pressées par des impératifs de rendement financier immédiat, les entreprises se projettent de moins en moins dans le long terme, incitées en cela par le nomadisme croissant du capital. L'accumulation incessante de capital est devenue une finalité en soi qui ne se soucie pas des dégâts collatéraux (le « plus » a occulté le « totalement mieux »).

 

Le capitalisme a changé de visage. Il était " managérial ", on le dit désormais " actionnarial ". Celui qui incarne le pouvoir économique et la décision stratégique n'est plus le capitaine d'industrie, le " grand patron " ou le cadre dirigeant. La compétence technique et administrative n'est plus le critère déterminant du choix des dirigeants. Il se fait désormais en fonction de leur capacité à rassurer et gagner la confiance des détenteurs du capital.

Le recul de la production de masse standardisée au profit de la différenciation des produits, de la flexibilité des modes de production, de la relation directe avec le client, a entraîné l'éclatement de l'ancienne classe ouvrière. Dès lors, la solidarité de classe face au patronat laisse place à une compétition toujours plus grande entre des individus confrontés à des défis toujours plus personnels. Le statut du salariat, fondé sur un accord collectif unique, négocié et protecteur, s'effrite avec la prolifération des " emplois atypiques ", des CDD, du temps partiel, de l'intérim et des contrats précaires. Toutes ces évolutions ouvrent la voie à une " marchandisation " du travail, la définition des conditions de travail s'opère en fonction de critères qui sont ceux du marché.

 

Le capitalisme était national, il est devenu mondialisé. La mondialisation élargit l'éventail des salaires. Elle pèse sur les revenus et les emplois des salariés peu qualifiés des pays occidentaux, qui sont mis en concurrence avec les bas salaires des pays en développement entraînant de surcroît des vagues de délocalisations et des ruptures de carrière. Les carrières à vie dans une entreprise ne sont et ne seront plus de règle ; les salariés vont être confrontés au changement dans leur vie professionnelle, changement non seulement d'entreprise, mais également de métier : aucun salarié ne peut être assuré que son entreprise sera encore là dans dix ans, ni même que son métier y sera encore exercé.

Face à cette nouvelle situation, les travailleurs sont inégaux. Pour retrouver un emploi lors de ces ruptures professionnelles, les facteurs clés de succès sont le diplôme, le réseau social, la formation professionnelle continue..

Cette situation est au cœur d'une nouvelle insécurité économique, foncièrement différente selon que l'on est cadre sup ou ouvrier. Cette insécurité est profondément ressentie par les salariés, qui voient bien que les rapports de force se sont inversés en leur défaveur et que, dans ces nouvelles conditions, les possibilités de progression sont très inégales entre les individus (il y a ceux qui se goinfrent et les autres).