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Écrit par Noël NEL   
Dimanche, 09 Mai 2010 19:35
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2. Rompre

Comment alors changer du tout au tout ? Allons à l’essentiel : Clémentine Autain est-elle révolutionnaire ? La réponse est donnée à la fin de ce deuxième chapitre : il faut selon elle « allier réformes et révolution ». Mettre les réformes au long cours au service d’un projet révolutionnaire ! Et dépasser l’alternative suppose de « prendre en compte la temporalité de la transformation » (p. 74).

Autain ne croit « ni au projet clés en main ni aux promesses du Grand Soir » (p. 41).Car la question centrale est de se demander si « un changement brutal est compatible avec un processus démocratique de transformation et conciliable avec la temporalité, le rythme de la vie humaine » (p. 41). Bref : « la transformation révolutionnaire, sociale et écologique sera le fruit du mouvement émancipateur et de la souveraineté populaire ou ne sera pas » (p. 41). Cela exclut les moyens de la Terreur : « brider les libertés et s’asseoir sur la démocratie pour parvenir à la ‘société nouvelle’ ne peut conduire qu’au pire » (p. 82). La radicalité révolutionnaire doit être adoubée par le peuple.

De plus, Autain voit bien la nécessité de construire des convergences mondiales. Sur le plan international, l’impératif est de reconstruire un mouvement internationaliste pour changer les rapports de force entre Nord et Sud, réussir la limitation de la spéculation financière et l’interdiction des paradis fiscaux.

Le point cardinal est donc de penser la globalité, et de ne pas se limiter à la seule dimension économique, péché originel du marxisme. Au plan économique, Autain propose de maîtriser le sens de la production pour assurer le « pouvoir vivre », conjuguer « plus » et « mieux » dans une « société de suffisance » fondée sur de nouveaux indicateurs sociaux et environnementaux. Mais il faut imposer l’égalité. Il est donc sur ce point indispensable de créer de nouveaux droits à côté du droit aux soins, droit au logement, droit à la retraite, droit au travail. Besoin de nouvelles protections : nouveau statut du salarié, formation tout au long de la vie, notamment..

Il sera alors nécessaire d’ impulser une autre dynamique de développement. Il y faut notamment une puissance publique avec politique industrielle, pôle public bancaire, investissement dans la recherche, les télécommunications, les transports, l’énergie. Les salariés devront être associés au fonctionnement économique et participer aux choix des orientations de l’entreprise.

Les services publics fondamentaux (éducation, santé, justice, transports) et les pôles publics ( banque, eau, énergie, médicaments, foncier), pensés dans la logique de « biens communs de l’humanité », ont un rôle essentiel à jouer. Aux nationalisations, Autain préfère l’appropriation sociale, sous la forme multiple du service public, de l’entreprise nationalisée ou de la composante de l’économie sociale et solidaire. Une finalité claire (viser le bien commun) et une méthode démocratique d’élaboration des choix et de contrôle de la mise en œuvre !

Le projet a du souffle et peut réunir toute la gauche au stade conceptuel.

 



Mise à jour le Dimanche, 09 Mai 2010 19:53