Forum Bibliothèque Stratégie politique Une façon de dépasser le capitalisme
Une façon de dépasser le capitalisme Imprimer Envoyer
Écrit par Noël NEL   
Samedi, 31 Janvier 2009 19:40
Index de l'article
Une façon de dépasser le capitalisme
De nouvelles relations sociales
Le développement intégral de l'individu
Vieux refrain ou utopie salutaire ?
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Le livre de référence

L'essai de l'historien Jean Sève intitulé Un futur présent, l'après-capitalisme (La Dispute, 2006).

Ce livre propose une interprétation du mouvement historique actuel dans le sens du dépassement possible du capitalisme. Il énonce ce qu'il envisage comme des preuves de l'existence actuelle de « futurs présents » qui seraient autant de moyens de ce dépassement du capitalisme déjà à l'œuvre dans le réel.

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Sur la question économique, la gauche est idéologiquement divisée en deux groupes ; ceux qui veulent une régulation - radicale ou non - du capitalisme, et ceux qui veulent son dépassement et à terme sa disparition. Apparemment, les deux positions paraissent inconciliables. Le mérite de Jean Sève est de tenter une description approfondie de ce possible dépassement, défini ainsi : « Le marché, et ses mécanismes en tant que tels, ne disparaît pas mais est, au sens propre du terme, dépassé, c'est-à-dire conservé tout en étant radicalement transformé » (page 241).

 

Un pourfendeur du capitalisme 

Jean Sève se présente comme un « historien du temps présent » qui a étudié systématiquement les articles de 3 journaux quotidiens, Le Monde, Libération et L'Humanité, de la fin 1999 à l'été 2004. Il affirme avoir repéré ainsi, à partir de la réalité mondiale de référence analysée par ces textes, dans la pluralité des possibles évoqués, les « logiques à l'œuvre dans le mouvement historique ».

Une logique est pour lui une dynamique « où se côtoient des processus conscients et/ou inconscients, volontaires et/ou involontaires, subjectifs et/ou objectifs ». Elle n'est pas un déterminisme. Elle livre des futurs possibles, dont « le sens est en partie à décider » par les hommes dans leurs politiques. Il faut donc en apercevoir les indices objectifs dans le réel et vouloir les orienter dans une direction précise.

Pour lui, il s'agit de percevoir les indices « potentiellement révolutionnaires » d'un avenir différent, qu'il nomme « l'après - capitalisme ».

 

Nous laisserons de côté les 160 premières pages du livre consacrées à « L'efficience historique du capitalisme » (Chapitre 1), « Une conjoncture économique éclairante sur les limites du capitalisme » (chapitre 2), « Une crise d'efficacité sans précédent » (chapitre 3). Ces 160 premières pages sont impressionnantes par la dénonciation des méfaits du capitalisme qu'elles proposent. Et rappelons que cette dénonciation est faite dans les articles de presse mentionnés par des auteurs, analystes, experts du monde entier, qui s'appuient eux-mêmes sur de nombreux faits, livres, enquêtes ou études. Jean Sève nous en procure une compilation structurée.

Nous privilégierons le chapitre 4 intitulé « L'après - capitalisme, un futur déjà là » (110 pages).

Quelle est l'orientation de la démonstration de Jean Sève ? Sous l'autorité de Marx, Jean Sève déclare : « je cherche ici à montrer que non seulement la crise du capitalisme est inscrite d'ores et déjà dans le présent, mais que des présupposés de la société future sont devant nos yeux ». A nous donc d'ouvrir les yeux ! Correctif immédiat ou presque : « cette problématique ainsi posée m'amène à n'aborder ici que les présupposés positifs et à délaisser tous les autres ». Jean Sève expulse donc volontairement ce qui ne va pas dans son sens. Et finalement, il avoue que personne ne sait qui l'emportera, du négatif ou du positif, car « tout dépendra de nos prises de conscience et de nos actes ».

 

Quant à ce positif aperçu par Jean Sève, on peut aisément le décrire. Voici ce qui est dit. Il y a des germes de nouveaux rapports sociaux dans les entreprises. Il y a des germes de nouveaux rapports entre les hommes dans les sociétés : appropriation collective ; recherche de société sans classes ; fin programmée de la conception actuelle de l'Etat ; besoin de « centralisation » démocratique. Il y a encore des germes d'un développement intégral de l'individu. Il y a enfin des germes de nouveaux rapports internationaux en vue d'un monde pacifié, éradiquant le sous-développement et voulant de nouvelles coopérations. Bien sûr, vous reconnaissez les fondamentaux du marxisme ou du communisme qui ne serait pas « brejnevo-stalinien » (Lucien Sève), mais serait ce « vrai » communisme qu'il resterait encore à construire. Suivons dans le détail la démonstration de Jean Sève et essayons de voir en quoi elle ne renverrait pas seulement au marxisme du 19ème siècle, mais s'adapterait à la réalité du monde du 21ème siècle commençant.

 

De nouveaux rapports dans les entreprises

Le dépassement du capitalisme à ce niveau est dans une nouvelle vision de l'entreprise, de l'activité de travail et de recherche au sein de celle-ci, des relations humaines professionnelles, du statut du travailleur et plus généralement du rapport travail /non travail. De cette façon s'effectueront le renversement de la logique traditionnelle de l'entreprise capitaliste et la construction d'un autre monde du travail fondé sur une autre représentation de la productivité.

 

Cela passe par de nouvelles formes d'entreprises qui se tiennent pour l'instant à la marge du marché, notamment dans l'économie sociale et solidaire européenne : coopératives, fondations, mutuelles, associations, entreprises marchandes faisant appel à un partenariat public - privé, sociétés d'économie mixte appelées entreprises publiques locales en Europe, entreprises d'insertion, SARL ayant une éthique. En France, cela représenterait au moins 1,8 million de salariés sur 22 millions, soit 8%.

 

Cette révolution dans la vision du travail se décline en nouvelle vision de la valeur qui ne soit pas que financière, du développement de l'homme et de ses compétences, de l'activité professionnelle et personnelle. Au cœur de ce nouveau mode : le service, la qualité, l'innovation, l'interactivité, l'information, la croissance mesurée en valeur, l'intelligence collective. Et, à côté du temps du travail, le temps de l'activité personnelle, sociale, culturelle. Une nouvelle « horizontalité » des rapports de production dans l'entreprise se substitue à la traditionnelle verticalité et pose en d'autres termes la question du pouvoir : intervention grandissante des salariés dans la gestion, salariés de plus en plus formés, qualifiés et polyvalents. Et une démocratie actionnariale doit s'ébaucher, favorisant une « propriété plurielle plus sociale » et une « gouvernance sociale et de démocratie participative ».

 



Mise à jour le Vendredi, 08 Mai 2009 22:13