| Un maire communiste de banlieue |
|
|
| Écrit par Noël NEL | ||||
| Dimanche, 11 Janvier 2009 17:27 | ||||
Page 1 sur 2 A ceux que la gauche désespère, titre de son livre Le Cherche midi, 2008), Stéphane Gatignon, maire communiste de Sevran, délivre un message de militant convaincu par la nécessité de fonder vite une gauche radicale en France.
L'expérience d'un jeune maire communiste en banlieueGatignon en est convaincu : Sevran, sa ville, est « un peu le laboratoire des banlieues de demain ». Il témoigne « de son poste d'observation, celui d'un élu de banlieue d'une des villes de France les plus pauvres...au bord du gouffre ». Il a d'abord aidé François Asensi, député et maire de Tremblay, à regagner Sevran perdue en 1995. Il y a été élu en 2001, à l'âge de 31 ans. Il vient d'y être élu pour un second mandat. Sevran est une ville de 51 000 habitants : « dans les quartiers, on a vu surgir deux types d'économies à côté des activités légales. L'économie souterraine d'abord, avec le trafic de drogue, le marché du ‘faux' qui circule beaucoup. L'économie parallèle ensuite, avec le développement du troc, la vente hors circuit comme eBay ou le boom des brocantes...un formidable marché du recel.. Sans parler du trafic de pièces de voiture ». Sans parler non plus du « nombre croissant d'habitants qui ont un deuxième boulot ». Ce triomphe de la débrouille est pour lui « le signe d'une victoire du libéralisme ». Gatignon connaît la banlieue de l'intérieur, il l'aime et il en parle de façon constructive. Il ne cache pas les difficultés quotidiennes en ce qui concerne l'emploi, la sécurité, les transports, la disparition des services publics. En banlieue, il rencontre tous les « révélateurs de l'état de délabrement de la société ». Il pense que la situation y demeure explosive et redoute « une nouvelle révolte urbaine ». Il demande que l'on cesse de « cantonner la religion musulmane dans l'exception », que l'on lutte contre « la ségrégation spatiale et la ghettoïsation avancée ». Sevran a été et est un peu encore « la ville où tous les dealers du Val d'Oise viennent s'approvisionner » : explosion du trafic de drogue, bandes organisées, problèmes endémiques de propreté, violences (5 000 actes délictueux en 2007), paupérisation accrue, zones de non-droit...l'insécurité partout ! Gatignon a obtenu un GLTD (groupe local de traitement de la délinquance), inconnu ailleurs. Il est catégorique à ce propos : « la police, c'est un des fondements de la solidarité...Si on perd cette normalité, c'est la rupture d'un lien de solidarité, d'un service public. C'est une injustice de plus ». C'est pourquoi notre maire, à la différence de presque toutes les municipalités communistes parisiennes, refuse la police municipale et affirme qu'un système de solidarité « passe par la présence de l'Etat et de la police nationale ». Il déclare : « Il faut qu'il y ait un débat sur la sécurité au sein de la gauche. Pour sortir de l'angélisme ou du ‘tout sécuritaire' ». Son credo : « réinvestir le terrain, retravailler avec les populations, retrouver les formes du lien social ». 70 nationalités se côtoient à Sevran : de quoi tisser maints réseaux ! Il en appelle à « une vision mondiale, planétaire de solidarité concrète, fondée sur des valeurs universelles ». En somme : « le nouvel internationalisme, ce n'est plus l'Internationale communiste, ce n'est pas l'altermondialisme, mais un projet à construire avec toutes nos populations ».
L'analyse critique du communismeGatignon a grandi dans une famille communiste : grand-père, grand-mère, père, mère communistes. Il a adhéré à 15 ans à la Jeunesse communiste, en 1984. Ayant visité l'URSS à 14 ans, il a vu la réalité et il a cru ensuite à la perestroïka de Gorbatchev. Il a participé au mouvement lycéen de 1986, a connu l'UNEF, s'est fait virer de la JC (et plus tard du PC), a connu les purges sous Marchais. Il s'est occupé du courant des refondateurs au sein du PC, avec Guy Hermier. Il a réadhéré au PC en 1999. Il ne craint donc pas de faire le bilan de l'histoire communiste, dont il assume les espérances, les pages de gloire et les échecs. Les espérances : « l'aspect quasi religieux de l'engagement...l'humanisme, la fraternité et la solidarité ». Les pages de gloire : « son héritage militant, sa culture de l'engagement pour un monde meilleur, le travail effectué pour penser ‘un socialisme à la française'...l'expérience formidable qu'a été le communisme municipal ». Les échecs : « ces valeurs communistes, trop souvent dénaturées par le stalinisme mais aussi par des pratiques bureaucratiques ou le comportement de certains élus » ; et même des gens qui se disent communistes et « sont racistes, adhèrent à une vision hiérarchisée de la société ou sont accros au pouvoir ». Le verdict du maire actuel de Sevran est cependant sans appel : le PCF est mort. Toutes les tentatives de rénovation de l'intérieur ont échoué à ses yeux : Fiterman (1984), Robert Hue (2000) les refondateurs : « le légitimisme et la peur de passer pour de mauvais communistes ont tué toutes les tentatives d'ouverture ». Il faut donc repartir à zéro, par un congrès exceptionnel en 2009 ! |
||||
| Mise à jour le Vendredi, 08 Mai 2009 22:13 |
Dernières publications
- Résister doit toujours se conjuguer au présent !
- "Les jours heureux" - Programme du Conseil National de la Résistance
- Sécurité sanitaire - premier entretien
- Vive l’indigène Stéphane Hessel !
- Enquête Vieillissement - L’approche syndicale de la CGT - Entretien avec André Louis
- Enquête Vieillissement : l'approche gérontologique - Jean-Michel Caudron
- Qu’est-ce que le sarkozysme ?
- Une politique de sécurité honteuse et inefficace
- Enquête vieillissement
- LIBERTÉ, ils ont oublié ton nom !
- La démocratie participative dans le Grenelle 1
- Développement humain et lutte contre la pauvreté






