| La représentativité des syndicats français |
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| Écrit par Noël NEL |
| Samedi, 26 Septembre 2009 22:21 |
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Ce texte entend démontrer que la loi votée le 20 août 2008 avec le soutien de 4 syndicats (2 de salariés, 2 de patrons) ne réforme en rien les problèmes récurrents du syndicalisme français, lequel continue à être une exception parmi les grands pays de l'OCDE. Notre argumentation doit beaucoup au livre de Cahuc et Sylberberg. 1. Situation du syndicalisme en France11. Conception traditionnelle du syndicalisme en FranceIl y a une conception traditionnelle du syndicalisme mise en avant par Jaurès : « Qu'attendez-vous pour vous syndiquer et de quel droit prétendez-vous recueillir vous-mêmes, non syndiqués, les bénéfices de l'action que les syndiqués exercent au profit de tous ? Ouvriers non syndiqués, vous devenez les parasites du dévouement de vos camarades ». Cette conception du syndicat est celle d'une avant-garde du monde du travail luttant et négociant au bénéfice de tous. Ceux qui ne sont pas syndiqués et tirent profit des luttes des syndiqués sont considérés comme des parasites Cette conception semble dépassée aujourd'hui où la vie syndicale pourrait s'éteindre.
12. L'état de la syndicalisation en France
Le plus faible taux de syndicalisation
En France, en ce début de 21ème siècle, il y a 8% de syndiqués (et même moins dans le privé). Il y en avait 29% en 1945, après la Seconde guerre mondiale. Dans les pays de l'OCDE, les taux les plus élevés se trouvent en Suède (78%), Finlande (74%), Danemark (73%). Les motivations (raisons de se syndiquer) vues par les syndicats vantent un syndicalisme de conviction :
Ces déclarations ne distinguent en rien le syndicat du parti politique. Les raisons de la faible syndicalisation en France
On peut en énumérer au moins deux :
Or, les avantages matériels ou services personnalisés offerts par les syndicats français à leurs adhérents sont très limités. Les preuves de la validité de cette affirmation
Elles sont fournies par les pays où le taux de syndicalisation est élevé :
Conclusion : importance des incitations financières dans les décisions d'adhésion à un syndicat.
Le système de Gand comporte un autre avantage à côté de l'assurance chômage : les clauses d'extension des conventions collectives. Dans ce système, il faut être syndiqué pour bénéficier des conventions collectives :
Deux chercheurs (Daniele Checchi et Claudio Lucifora), profs d'économie à Milan, ont étudié les relations entre clauses d'extension des négociations collectives et syndicalisation dans 14 pays européens entre 1950 et 1998. Leur conclusion : l'extension des bénéfices des négociations collectives aux salariés non syndiqués est systématiquement associée à un taux de syndicalisation plus faible. Sur les deux points évoqués (assurance chômage et extension des conventions collectives), la situation française est très défavorable. En France, les conventions collectives négociées par les syndicats s'appliquent à tous les salariés d'une branche, syndiqués ou non. Or, la proportion de salariés couverts par une convention collective est de 97% quand le taux de syndicalisation est de 8% ! ! Il faut encore dire que, plus le salaire minimum légal est élevé, moins il y a de syndiqués. Pourquoi se syndiquer si le salaire minimum est garanti par la loi ?
La survie financière des syndicats en France : le paritarisme
Syndicats de salariés et organisations patronales gèrent en France des organismes sociaux et des services collectifs : Sécurité sociale, assurance chômage, caisses de retraites, formation professionnelle. C'est le paritarisme.
Seuls, les syndicats représentatifs y participent. Or, la notion de représentativité diffère au niveau de la branche et de l'entreprise. Une liste nationale de syndicats représentatifs a été établie en 1948 et modifiée à la marge en 1966 (scission CFTC - CFDT). Elle mentionne 5 syndicats de salariés : CFTC, CFDT, CGC, CGT et FO. Du côté patronal, il y a 3 syndicats représentatifs : MEDEF, CGPME, UPA. Le total mène à 8 syndicats représentatifs. La représentativité officielle procure aux syndicats un triple monopole :
Les syndicats représentatifs négocient les conventions collectives de branche, créent des sections syndicales, nomment des délégués syndicaux dans les entreprises de plus de 50 salariés. Ce triple monopole fait que le pouvoir des syndicats représentatifs ne dépend pas de leur effectif, la recherche d'adhérents étant quasi inutile. Les ressources des syndicats représentatifs ne proviennent pas des cotisations d'adhérents, et il s'agit sur ce point d'une exception française :
Il y a là un fonctionnement pervers du paritarisme à la française, qui cumule tous les inconvénients : présomption de représentativité ; pas d'incitation à rechercher des adhérents qui n'ont d'ailleurs aucun intérêt à adhérer ; réception d'importantes subventions ; aucun intérêt à publier les comptes.
Les « mis à disposition » et permanents syndicaux
La représentation sociale est fondée en France sur des critères datant de 1950 et sur la loi Waldeck-Rousseau datant de 1884.
La mise à disposition de personnel est centrale dans l'organisation des syndicats et elle est une particularité française :
Les permanents syndicaux sont des personnes syndiquées déchargées de leur activité professionnelle pour se consacrer à la vie de leur organisation. Si les mis à disposition sont tous des permanents, il existe certains permanents syndicaux qui ne sont pas des mis à disposition.
A la CGT, par exemple : de 1970 à aujourd'hui, le nombre d'adhérents a été divisé par 2,5 mais le nombre de permanents a été multiplié par 5. Hier, il y avait 1 permanent pour 25 000 adhérents ; aujourd'hui, il y a 1 permanent pour 2000 adhérents.
2. La loi du 20 août 2008
Nicolas Sarkozy a déclaré lors de la campagne présidentielle vouloir des syndicats « forts et responsables » pour imiter ce que l'on peut appeler la « voie scandinave » (syndicats puissants et représentatifs). Préparant une loi, le gouvernement a fait parvenir aux partenaires sociaux un « document d'orientation » qui invitait les partenaires sociaux à trouver une nouvelle définition de la représentativité et à réfléchir aux conditions de validité d'un accord collectif. Ce document n'évoquait jamais au départ la question du financement des organisations syndicales. Dans un « complément au document d'orientation », il a ensuite demandé de réfléchir à cette question, sans donner aucune directive. Seule contrainte : date butoir au 31 mars 2008.
21. Une loi qui favorise deux grands syndicatsUne partie des partenaires sociaux sont tombés d'accord sur une position commune : CGT et CFDT du côté des salariés, MEDEF et CGPME du côté du patronat Ont refusé : CFE-CGC, FO, CFTC. Leurs raisons :
22. Une loi qui ne traite pas la « transparence financière des syndicats » :
La loi prévoit que les syndicats sont tenus « d'établir des comptes annuels dans des conditions fixées par décret ». Un syndicat dont la transparence financière serait jugée douteuse pourrait être considéré comme non représentatif. Mis quels sont les critères de représentativité évoqués ? Le nombre de voix obtenu aux élections n'est plus le seul ; on y ajoute (article 1) le respect des valeurs républicaines, l'indépendance, une ancienneté minimale de 2 ans, l'influence (activité et expérience), les effectifs, la transparence financière. On voit que, dans cette conception cumulative de la représentativité, la transparence financière n'est qu'un critère parmi d'autres. De plus, c'est le Ministre du Travail qui statue sur la représentativité, après avis du Haut Conseil du dialogue social. Peut-on imaginer un Ministre du Travail déclarant CGT ou CFDT (les 2 plus gros syndicats) non représentatifs pour non transparence financière ? Par contre, il le fera plus volontiers pour un petit syndicat. Il est cependant dit par ailleurs que les syndicats pourront publier des comptes consolidés. Cela signifie qu'un syndicat n'est pas obligé de publier les comptes de chaque fédération et union locale. Il peut se limiter à publier ses comptes au niveau confédéral (national, autrement dit). On ne peut alors suivre le détail des dépenses et ressources. Tout dépendra des dirigeants syndicaux De plus, l'absence de publication n'entraîne pas de sanction pénale. 23. Une loi qui ne résout aucun des grands problèmesCette loi ne résout en rien les vrais problèmes :
Le nombre d'adhérents n'a donc pas de raison d'augmenter. Cette loi a changé en fait le rapport de forces entre organisations syndicales :
On peut se demander si le salut du modèle social français viendra du renforcement de 2 syndicats aux dépens des autres ? Dans tous les pays où les syndicats sont puissants, leur force vient du nombre de leurs adhérents.
Noël Nel
Bibliographie sélective
Dominique Andolfatto et Daniel Labbé, Histoire des syndicats (1906-2006), Le Seuil, 2006. Dominique Andolfatto (dir), Les Syndicats en France, La Documentation française, 2007. Pierre Cahuc et André Sylberberg, Les réformes ratées du président Sarkozy, Flammarion, 2009. |
| Mise à jour le Samedi, 26 Septembre 2009 23:09 |
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