| Imaginer l'après-crise - Restaurer la gauche |
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| Écrit par Laurent OLIVIER | ||||||
| Samedi, 06 Mars 2010 21:27 | ||||||
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Restaurer la gaucheGeorge Ross, pessimiste, décrit une gauche européenne en déroute, «assommée par la crise» qui ne semble pas l’avantager. Quatre facteurs ont conduit à cette débâcle: la société post-industrielle a sonné la fin des luttes axées sur une cause unique ; le néolibéralisme a profité des succès de l'économie keynésienne pour la mettre à l'écart ; les changements dans les «technologies politiques» ont pris la gauche de court ; et les gouvernements de gauche ont été piégés par les contradictions entre réforme et gestion. Les partis de gauche peinent à unir leurs efforts au niveau de l’Union européenne, palier incontournable lorsqu’il s’agit de développer des politiques de sortie de crise ou d’après crise. Selon Ross, la crise complique donc le renouvellement du programme de plusieurs partis de gauche européens, qui avaient endossé les préceptes du libéralisme économique au cours des dix dernières années. Selon l'auteur, il faut relancer la croisade réformiste en visant un investissement dans l'égalité des chances et la refonte des systèmes d'éducation. Malgré le succès d'Obama, la gauche américaine n'est pas en meilleur état. En effet, Arthur Goldhammer affirme que le Parti démocrate est un parti d’élite plus qu’un véritable parti de gauche, (provocateur, il le voit comme « le parti des boursiers et des éboueurs » alors que le républicain est celui « des héritiers, des héros et des harangueurs »). Le parti démocrate est le « parti de l'intelligence », ce qui se conçoit en France, dans la tradition des grands corps d'élite de l'Etat, mais moins aux Etats - Unis. L'élection d'Obama est en partie attribuable à la crise, probablement pas à un renouvellement du programme des démocrates. Selon Goldhammer, son succès tient à une attitude de compromis plus qu’à des idées : Obama fut un « organisateur communautaire », et non un militant. C'est une fonction d'« intercesseur maïeutique » révélant les aspirations contenues d'une population, dans une micro - société, de « stratège qui sait que la victoire ne passe pas par la conquête ou le rapport de force ». Cette posture, pourtant gagnante, pourrait décevoir bien des partisans de la gauche française. Selon Pascale Dufour, spécialiste des politiques sociales et des mouvements sociaux, le renouvellement des idées de gauche pourrait passer moins par les partis établis que par un élan provenant de la base des sociétés, notamment en Amérique du Sud. Elle se penche notamment sur le mouvement altermondialiste, fidèle à sa critique du libéralisme économique, contrairement aux partis de gauche. Éclectique, ce mouvement attire davantage l’attention sur la qualité de vie que sur la production économique. Inspirées par des expériences concrètes, comme celles de peuples autochtones d’Amérique du Sud, les idées visent l’amélioration de la qualité de vie, l’autonomie des communautés. Le mouvement altermondialiste contribue aussi à la promotion d’une gouvernance décentralisée, qui accroît le pouvoir de la base aux dépens de l’élite. Le discours alternatif, jugé radical dans les années 70, fait maintenant partie des analyses adoptées par les gouvernements : la nécessité de réglementer la circulation des capitaux, de taxer les transactions financières internationales pour financer les solutions aux problèmes globaux, d'abolir les paradis fiscaux et de réformer le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Mais la principale, solution appliquée a été d'investir massivement dans les marchés financiers, ce qui n'a pas eu d'effets réformateurs sur les structures financières, selon les altermondialistes. Leurs solutions demeurent peu entendues. Pascale Dufour voit néanmoins d'un bon œil les transformations des modes de décision politique qu'ont opérées les pays d'Amérique latine où la gauche au pouvoir a donné une voix aux démunis, et qui pourraient servir de modèle aux pays du Nord. L’avenir de la gauche d’après crise reposerait donc sur les mouvements sociaux.
Peter Graefe propose de valoriser les investissements sociaux, le capital humain, plus que les investissements matériels, et de rendre les investissements véritablement publics, en démocratisant leur gestion. Le discours des partis sociaux-démocrates et des grandes organisations syndicales restent assez keynésien : mesures de relance, sans remettre en cause le contrôle de l'investissement : Ainsi, les nationalisation temporaires, ne changent pas les relations sociales et le modèle du capitalisme financiarisé. Selon l'auteur, la gauche est devenue prisonnière du néo - libéralisme à l'image du NPD (social-démocrate) au Canada et du Parti québécois qui se sont engagés à ne pas accepter de déficit budgétaire. Les luttes se sont recentrées autour de la distribution et de la consommation au lieu de la production. L'économie sociale ne remet pas en cause le système capitaliste. Mais il y a le Keynes de la simple gestion des grandes crises et le Keynes pessimiste quant à la capacité d'un système libéral d'assurer le plein emploi. D'ailleurs la gauche social-démocrate dans les années 1970 a reproché au keynésianisme de l'après - seconde guerre mondiale son déficit de contrôle démocratique sur l'investissement. Un double programme de gauche du renouveau du keynésianisme consiste à accentuer les possibilités de redistribution, démocratiser l'investissement et la prise de décisions économiques. Trois stratégies à court terme : -relancer sur la base d'un discours valorisant l'investissement public. Investir davantage dans le travail que dans le capital, selon une proposition assez marxiste faisant du travail la valeur essentielle dans la relation économique[1]. Subvenir aux besoins comme but de l'activité économique. Renforcer la capacité du tiers secteur d'aller au-delà de la prestation de services dévolus par l'Etat. Revenir sur le partenariat public - privé. La contradiction chez l'auteur entre critique du partenariat public - privé (PPP) et valorisation d'un partenariat public - communautaire (PPC) n'est qu'apparente : le second est plutôt considéré comme générant des services non marchands d'intérêt général, alors que le premier aboutit à une logique de privatisation et de marchandisation des services. Réinvestir dans les services publics à long terme dépend d'un consensus social, supposant leur débureaucratisation, et leur démocratisation. -Créer de nouvelles stratégies pour élargir le domaine public, encourager la prise de décision démocratique, et apporter des solutions à la crise écologique. Expérimenter de nouvelles formes d'urbanisme dans les quartiers les plus frappés par la crise immobilière. Les pays qui ont nationalisé partiellement les établissements financiers et bancaires, doivent faire de l'offre du crédit une entreprise de service public. -Troisième chantier : exiger la protection des capacités productives, améliorer les possibilités de formation et de réorientation pour les employés, renforcer les organismes locaux de planification démocratique, stratégie de reconversion écologique. Saisir et occuper une usine qui ferme ses portes ou se délocalise. Le marché est incapable d'intégrer des impératifs écologiques, de répartir la richesse collective d'une manière équitable.
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| Mise à jour le Samedi, 06 Mars 2010 21:39 |
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