| Imaginer l'après-crise - L'investissement social |
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| Écrit par Laurent OLIVIER | ||||||
| Samedi, 06 Mars 2010 21:27 | ||||||
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L'investissement socialPour Paul Bernard, la crise est l’occasion de redécouvrir les idées, au delà des institutions et des intérêts, de repenser les politiques sociales développées après-guerre. La variation de la proportion du revenu national accaparé par les 0,1% les plus riches de la population, dans le temps et dans l'espace, révèle que la concentration des moyens économiques n'est pas inévitable. Les politiques redistributives classiques sont d'ailleurs efficaces, comme le montrent les différences entre la France et l'Amérique du Nord, mais moins qu'avant. Les programmes doivent être plus sensibles aux parcours de vie différenciés des citoyens, pour devenir une source de richesse. Ils doivent favoriser par des initiatives en matière d'éducation, de santé et de soutien aux familles la participation du plus grand nombre à la production, et ainsi à l'effort fiscal. Ils deviennent alors des politiques d'investissement social. Les jeunes dont les parents ont un niveau de scolarité plus faibles ont un niveau de littératie (l'aisance à comprendre et à manipuler les contenus symboliques, écrits ou mathématiques) plus faible que les autres. On peut donc réduire ces inégalités sociales, et l'investissement social rapporte sur le long terme : les jeunes mieux outillés seront des travailleurs plus performants. Par exemple au Canada, le Québec obtient de meilleurs résultats grâce à un taux d'emploi en forte croissance dû à la participation des femmes au marché du travail, la scolarisation en forte hausse, une manière négociée de régler les conflits du travail malgré un taux de syndicalisation parmi les plus élevés. L'investissement dans le social peut libérer des potentiels (les capabilités d'Amartya Sen). Deux chemins de prospérité existent. L'auteur reprend ici implicitement la typologie d'Esping Andersen : les sociétés libérales, principalement anglo-saxonne, axées sur la compétition, source de destruction créatrice associant inégalités et prospérité ; les sociétés social-démocrates (largement nordiques), qui ont des solutions dispendieuses mais astucieuses, l'investissement social, et sont aussi productives que les premières. Il faut s'inspirer de la notion de développement humain. Les individus sont la vraie richesse, selon une sorte d'individualisme social : ils tirent de leur collectivité les moyens de développer leurs capacités et contribuent en retour au développement économique social et culturel de cette collectivité, grâce aux services publics, qui constituent un « capital patient » : les dépenses orientées vers le développement de la capacité de travailler du plus grand nombre sont rentables si on leur laisse le temps de produire leurs effets. La flexisécurité permet de dépasser le dilemme flexibilité sur le marché du travail et sécurité socio-économique, en cessant de garantir l'emploi pour assurer la mobilité de la main-d'oeuvre et l'inclusion des catégories marginales de la population dans l'emploi. On peut prendre l'exemple du « triangle d'or au Danemark » : protection de l'emploi faible, soutien aux revenus des chômeurs, incitations pour le retour à l'emploi (formation, service d'emploi). L'idée est de favoriser la continuité de l'activité et non dans un emploi particulier. Selon l'idée de marchés transitionnels du travail (Schmid), la carrière des individus est vue comme un ensemble de transitions entre emploi et entre statut d'emploi. Il faut donc favoriser des investissements sociaux pour faciliter les transitions. P. Bernard reprend l'idée de J-F. Lisée, exprimée par ailleurs, selon laquelle ce n'est pas un filet social qu'il faut réinventer mais un fil que peut suivre l'individu. L'approche des parcours de vie est la méthode du développement humain, selon quatre principes :
-La vie se déroule dans le temps. A chaque étape les individus analysent les conditions dans lesquelles ils évoluent, selon des circonstances et une qualité de l'information disponible différentes d'un individu à l'autre. Les inégalités s'accroissent avec le temps. - La vie est faite de multiples aspects en interaction : le parcours de vie des personnes est tributaire de leurs ressources (santé, éducation, sécurité économique), capitaux mutuellement interdépendants. - Les vies sont interreliées. Le parcours de vie de chacun est affecté par les événements qui se produisent dans la vie de ses proches. - Les vies s'insèrent dans des milieux qui les façonnent (famille, collectivités locales).
C'est avec ce fil que les individus tricotent leur existence. Les politiques publiques doivent empêcher que le tricot ne se démaille.
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| Mise à jour le Samedi, 06 Mars 2010 21:39 |
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