| Imaginer l'après-crise |
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| Écrit par Laurent OLIVIER | ||||||
| Samedi, 06 Mars 2010 21:27 | ||||||
Page 1 sur 4 Le livre de référenceJean-François Lisée et Éric Montpetit dir, Imaginer l'après-crise, Boréal, 2009 Cet ouvrage, qui réunit pour l'essentiel les contributions d'universitaires québécois et du journaliste et intellectuel souverainiste (indépendantiste, au Québec) J-F Lisée, ancien conseiller des 1ers ministres québécois Parizeau et Bouchard, nous intéresse à plus d'un titre. D'abord, la crise récente fut universelle, et le regard québécois peut nous apporter un éclairage original. Ensuite, L. Jospin y fait une contribution intéressante. En effet, l’ouvrage, présenté par J-F Lisée comme le livre de l'après Copenhague, est en fait né d'une conférence que l'ancien 1er ministre donna à l'université de Montréal, puis d'un séminaire avec les coauteurs, en avril 2009. Cet ouvrage redonne aussi la parole aux analystes et acteurs du politique pour étudier une crise financière, que les économistes n'ont pas pu anticiper. Livre d'experts, ce travail d'analyse est aussi un ensemble de propositions d'intellectuels dont l'engagement à gauche est assumé. C'est donc un ouvrage d'analyse, mais aussi de propositions. Comme le disent Lisée et Montpetit, citant le conseiller d'Obama, Rahm Emmanuel, « il ne faut pas gaspiller une bonne crise »: une sortie de crise est un moment historique précieux potentiellement générateur de changement, ouvrant une fenêtre d'opportunité. L'échec d'un modèle économique
La première partie de l'ouvrage s'ouvre sur le texte de Lionel Jospin qui propose un regard lucide et pédagogique sur les causes historiques de la crise financière (errements des fonds spéculatifs, dissimulation du risque, construction de montages financiers trop complexes, rémunérations excessives). Cette crise, systémique, endogène, née d'un écart extravagant entre sphère financière et économie réelle trouve son origine dans la suppression par les Etats -Unis de la convertibilité du dollar depuis 1971. Cette déréglementation des taux d'intérêt a entraîné une forte instabilité et des risques, contre lesquels le gouvernement Jospin, parmi d'autres, avait mis en garde. Au delà du diagnostic, L. Jospin tire les leçons de la crise : les banques centrales et les états ont été réhabilités, même par les acteurs ou experts allergiques, avant la crise, à son intervention dans la vie économique. Une démarche de régulation, de réforme du système monétaire et financier mondial s'imposait. Cependant, selon L. Jospin les solutions avancées par le G20 sont insuffisantes : les paradis fiscaux sont listés, mais pas interdits ; seuls les fonds systémiques – susceptibles d'emporter l'ensemble du système financier - sont directement concernés par le contrôle - Le G 20 a confié la mission de superviser l'ensemble non au FMI, mais à un conseil de stabilisation financière informel, largement influencé par les banques centrales. Ceux qui n'ont pas su prévenir la crise sont parmi les bénéficiaires du sommet. Le G 20 n'a pas évité les impasses : aucune attention n' a été portée à l'écart entre sphère financière et économie des biens et services. L'idée keynésienne d'une monnaie internationale suggérée par les Chinois, pour remettre en question la volatilité des taux de change et des privilèges du dollar, n'a pas été reprise, notamment par la France. L'augmentation excessive des taux de profit au détriment des salaires s'est poursuivie. La crise récente, brusque accès de fièvre, est aussi un état chronique à cause des inégalités de situation à l'échelle de la planète, alors que 2,5 milliards d'êtres humains supplémentaires sont attendus vers 2050. Le développement économique est alors indispensable. Mais les révolutions industrielles des pays émergents fragilisent les ressources rares dans un contexte de réchauffement climatique, dont les pays développés, portent la responsabilité. Or, la crise conjoncturelle ne doit pas interdire de penser la crise structurelle et le long terme. L. Jospin invite à dépasser l'alternative croissance / non croissance au profit du développement durable. Nos instruments de mesure actuelle de la production et de la richesse (le PIB) doivent être complétés par des indicateurs intégrant la dimension écologique et le bien-être durable : PIB vert, indice de bien-être durable, empreinte écologique. Le modèle de croissance extravertie (dominée par les exportations) choisi par les grands pays émergents, doit être complété par une aide extérieure. Or sur ce plan, le G 20 a fait de vagues promesses, la banque mondiale et l'ONU ont été mal entendus. La crise doit permettre de refonder notre modèle de civilisation. Contre l'impératif de la dérégulation financière et économique, il faut rééquilibrer la répartition des richesses capital / travail au profit du second. L'économie doit rétablir son emprise sur les finances.
Éric Montpetit, directeur du Centre de recherche sur les politiques et le développement social de l’Université de Montréal, considère que la crise remet en question les prescriptions de politiques des économistes, pourtant très écoutés par les décideurs. La dérive économiste a chassé de l’analyse des décideurs les variables essentielles de la psychologie, de la sociologie et de la science politique, et d’autres outils des sciences sociales. Il plaide en faveur de politiques publiques qui, sans ignorer les déterminants économiques, prennent durablement en compte la complexité de l’être humain et de la vie sociale. L'économie a échoué car elle s'est construite sur le postulat la rationalité de l'être humain. Or la crise a révélé « l'esprit animal » (selon l'expression d'Akerloff et Schiller), non rationnel (la confiance, le sens de l'équité, la corruption et la mauvaise foi, l'illusion monétaire, les histoires ou récits héroïques). Selon Gilles Dostaler, historien de la pensée économique, Keynes, inspiré par des psychologues, philosophes et sociologues, et que l'on a redécouvert à la faveur de la crise, était aussi attentif à la complexité de l’être humain et de la vie sociale. Il refusait toute solution universelle aux crises économiques, y compris la solution dite keynésienne préférant des modes de sortie inscrits dans le contexte particulier de chaque crise. Ainsi, si Keynes était toujours vivant, il rejetterait un « keynésianisme hydraulique », c'est-à-dire réduit à une mécanique des quantités globales ou de flux, et vidé des dimensions essentielles de Keynes : le temps, l'incertitude non probabilisable, les anticipations et donc la prise en compte des phénomènes monétaires. L'auteur conclut en se demandant si Keynes était de gauche. Contre les conservateurs, il n'avait pas adhéré au Labour à cause de sa fraction bolchevique. Militant de l'aile gauche du parti libéral, se disant moins conservateur que l'électeur travailliste moyen, il déclarait « La république de mon imagination se situe à l'extrême gauche de l'espace céleste ». Sa position aurait probablement été la même à propos du New Labour, estime Dostaler. Selon Martial Foucault, spécialiste de l'économie du secteur public, l’après - crise viendra confirmer le rôle essentiel de l’État dans l’économie. Le retrait des États au nom de l’efficience du marché, depuis les années 1980, est en partie responsable de la crise. La crise ayant montré les limites des solutions marchandes aux problèmes collectifs, ce retour de l’État peut être durable. Mais celui-ci n'est que la fin du capitalisme ancien. Un nouveau capitalisme semble se dessiner. Il faut repenser le rôle du marché dans une économie ouverte, en préservant les trois fonctions étatiques, d'allocation, de redistribution, de stabilisation. Le problème est cependant celui de l'état des finances publiques. Comment les acteurs économiques vont-ils supporter les coûts d'intervention de l' Etat, d'ici 10-30 ans ?
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| Mise à jour le Samedi, 06 Mars 2010 21:39 |
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